Le Pilotage par la valeur : l’exemple des Jeux Olympiques – Interview d’Adil BEZZAR

29 Mar 2016

Les 14 et 15 mars derniers, s’est tenu le Forum National 2016 du Project Management Institute. Consacré cette année à l’univers du sport comme source d’inspiration et de performance pour les projets, en compagnie de figures prestigieuses du sport parmi lesquelles Marc Lièvremont ou Grégory Anquetil, VIATYS conseil a eu la chance de participer activement au débat par l’intermédiaire d’Adil BEZZAR. Senior Manager chez VIATYS conseil et acteur majeur de la communauté Pilotage et Gouvernance, Adil a partagé son analyse et son savoir-faire en tirant exemple de l’organisation du plus grand évènement sportif planétaire : les Jeux Olympiques.

 

En quoi consiste le Forum National PMI 2016 auquel tu as participé ?

Le Forum National du PMI 2016 est l’événement national organisé par le chapitre Français du « Project Management Institute ». Le « Project Management Institute » est une association professionnelle dont la vocation est de promouvoir les meilleures pratiques en management de projet en favorisant les échanges d’expérience et le perfectionnement des connaissances entre professionnels.

Le Forum National du PMI 2016 est l’endroit par excellence pour s’informer des tendances actuelles en management de projet et partager son expérience avec d’autres entreprises sur le management de projet. La certification en Project management délivrée par le PMI « PMP » est la certification la plus prisée au monde.

La thématique choisie cette année était l’univers du sport, source d’inspiration et de performance pour nos projets. L’évènement a réuni 580 participants pour 51 conférences et tables rondes.

 

Comment as-tu été amené à intervenir dans ce cadre ?

J’ai souhaité intervenir sur le sujet du pilotage par la valeur, qui à mon sens s’applique d’avantage à des grands projets sportifs qui nécessitent d’engager des ressources considérables et de gérer des contraintes et des risques qui peuvent avoir des impacts conséquents sur l’exécution du projet. Mon objectif était justement de sensibiliser les acteurs projets sur la valeur comme élément fondamental du pilotage (et additionnel au pilotage par les délais, les coûts ou encore les risques) avec une illustration très concrète : l’organisation des Jeux Olympiques. J’ai donc rempli un dossier proposant ce sujet et ma candidature a été retenue.

 

Pourquoi avoir choisi les Jeux Olympiques comme thématique ?

Ce sujet est passionnant avant tout par l’ampleur des projets, avec des budgets de plusieurs milliards d’euros. Jusqu’à peu, on ne parlait pas d’argent, ou très peu, lorsque l’on évoquait l’olympisme. Mais peu à peu, on a commencé à parler d’efficacité opérationnelle vis-à-vis des process et des budgets tant les projets devenaient colossaux et avaient d’innombrables dimensions.

Les Jeux Olympiques portent une double problématique totalement adaptable au monde de l’entreprise :

  1. La concurrence est rude et il faut savoir se transformer et investir pour pouvoir prospérer et se développer
  2. Les ressources sont de plus en plus limitées dans une organisation et leur bonne utilisation devient donc un enjeu majeur

 

Comment pourrait-on résumer les enjeux autour du pilotage par la valeur ?

Le pilotage par la valeur répond avant tout à une question essentielle dans tout projet : comment gérer la limite de ressources de la façon la plus efficace et optimale possible. On constate aujourd’hui que les organisations portent des projets très lourds, coûteux et qui pourtant ne sont pas toujours inscrits dans des objectifs stratégiques.

Pour tout projet, il faut être capable de répondre à ces deux questions :

  • Dans quelle mesure ce projet s’inscrit dans un objectif stratégique ?
  • Jusqu’à quel point me permet-il d’y répondre ?

Indirectement, ce pilotage par la valeur porte donc aussi un enjeu de sélection : sélectionner les projets (au détriment d’autres) qui vont maximiser la valeur en optimisant l’investissement.

 

L’organisation de Jeux Olympiques est donc un exemple concret de pilotage par la valeur ?

Oui, au même titre qu’une Coupe du Monde ou que tout autre évènement sportif planétaire. La raison première est qu’ils montrent que la valeur délivrée par les projets doit être au cœur du processus de décision avant, pendant et aussi après le projet, pour une meilleure capitalisation et un meilleur apprentissage.

Paris ou Londres en sont deux bonnes illustrations, pour des raisons différentes. Paris est l’exemple d’un échec basé, entre autre, sur l’insuffisance d’aboutissement de l’étape préalable du pilotage par la valeur : le pourquoi. Pourquoi organise-t-on l’évènement ? Qu’apportent les jeux à Paris, aux Parisiens, aux habitants du département de la Seine Saint-Denis ? Et à la France en général ?

Londres, à l’inverse, donne l’exemple d’un projet qui ne s’arrête pas le jour où il est délivré mais lorsque la valeur est réellement constatée, ou tout du moins vérifiée, sur le terrain. Concrètement, le succès des JO de Londres n’a pas pour point d’arrivée l’évènement en 2012 mais ses conséquences et impacts futurs. Tous les ans jusqu’en 2020, le comité en charge de cet évènement continuera d’évaluer l’impact de ce qui a été mis en place.

 

Ce pilotage par la valeur explique-t-il pourquoi les candidatures olympiques sont de plus en plus respectueuses des questions de rationalisation des coûts ?

Oui, c’est une explication. Pour Rio par exemple, il a fallu faire des coupes dans des fonctions de confort afin d’adopter une approche plus réaliste du besoin. Le comité de Rio a réduit de 20 000 le nombre de volontaires et le nombre de voitures allouées au staff est passé de 5000 à 4000. On se réadapte au nécessaire et on trouve un juste équilibre entre l’investissement et le risque que l’on prend. En effet, il y avait bien des contraintes à gérer, telle que la conjoncture socio-économique du pays ou encore le virus Zika.

Le pilotage par la valeur est donc aussi un exercice de réalisme. L’exemple de Tokyo le montre parfaitement. Le stade présenté dans le projet initial avait été chiffré à 1.2 Milliards et on a constaté par la suite qu’il allait en réalité coûter 2 Milliards. Le premier ministre Japonais a donc ordonné que l’on reparte de zéro afin de limiter les dépenses au strict nécessaire, de réfléchir à un stade de qualité qui réponde à la charte et aux exigences du CIO mais sans superflu.

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Pour une entreprise, c’est donc aussi être capable d’annuler ou arrêter des projets s’ils n’apportent plus la valeur escomptée ?

Exactement. Les budgets ne sont illimités pour personne et il faut répondre à des objectifs stratégiques. Il faut donc être capable de stopper un projet s’il ne respecte pas, ou plus, ces conditions : chaque projet doit être un outil au service d’un objectif stratégique. Bien souvent, le problème est que les projets sont pilotés par des départements qui eux-mêmes ont des objectifs dédiés et l’on entend par exemple qu’il est impossible de stopper un projet car il a des ressources allouées, ce qui est un non-sens du point de vue de la valeur. Certains projets peuvent doubler de coûts ou de délais et personne ne se pose la question si le projet est toujours intéressant pour l’organisation. Alors que dans une logique orientée valeur, nous devrons en permanence poser la question : « Le projet est-il toujours intéressant pour l’organisation ? ». Ce n’est pas dramatique d’arrêter un projet qui risque d’affaiblir l’organisation et l’éloigner de ses objectifs stratégiques du moment où les ressources peuvent être allouées à un autre projet qui va la renforcer.

 

N’existe-t-il pas un risque à limiter l’innovation en souhaitant constamment rationaliser la valeur au regard du coût ?

Au contraire ! Tout est question de culture. Par exemple, il est fortement encouragé de faire émerger des projets pour lesquels aucun budget n’a été déterminé en amont mais qui peuvent permettre d’avoir des leviers dans la stratégie de l’entreprise. Pour le dire autrement, il vaut mieux proposer un projet non budgété mais à forte valeur que suivre un projet budgété avec une faible valeur.

Je dis que c’est une question de culture collective car il s’agit de réfléchir en termes de valeur entreprise et non plus de réussite personnelle sur un plan projet. D’ailleurs, ceci constitue un facteur clé de succès primordial pour déployer une démarche de pilotage par la valeur

 

Tu as pu participer aux autres conférences du Forum. Est-ce que l’une d’entre elles t’a particulièrement marqué ?

J’ai été impressionné par la performance de Marc Lièvremont, ancien sélectionneur du XV de France, qui intervenait sur le sujet « Le Rugby, un modèle pour l’entreprise ».

D’abord pour le message qu’il portait, montrant l’importance du manager, pourquoi la motivation génère l’action et surtout comment une bonne partie de la réussite d’un projet et d’une équipe dépend du management. Mais aussi pour la mise en scène qu’il a proposée, appelant plusieurs personnes à venir sur scène et reconstituant un regroupement d’équipe, chacun serré contre ses partenaires de droite et de gauche et insufflant des messages de motivation.

De manière générale, je retiendrai de ce forum l’importance de la motivation, du management des hommes et de la force du Leadership dans la réussite des projets, combien l’humain est au cœur de la performance.

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