Néo-banques : un nouveau business model dans le secteur bancaire

09 Août 2018

Depuis quelques temps, un nouveau type d’établissement est apparu sur le marché bancaire : les néo-banques. Ces dernières ont complètement repensé les standards du marché. A l’instar de N26, la fintech allemande, qui compte déjà plus de 200 000 ouvertures de comptes bancaires en France et 500 000 à travers l’Europe, ces nouveaux modèles bancaires ne peuvent plus être ignorés. Fin 2017, Nickel, autre acteur de ce marché, comptait 800 000 ouvertures de comptes contre 200 000 pour Revolut et déjà 50 000 pour la petite dernière Orange Bank. Ces banques « nouvelle génération » se distinguent par une offre de compte simplifiée et une stratégie mobile first.

La clef du succès : le smartphone

Contrairement aux banques en ligne qui se sont développées en premier lieu sur le web avant d’attaquer le mobile, les néo-banques ont su s’adapter aux nouveaux usages des utilisateurs en axant leur stratégie sur les smartphones. Ainsi, les néo-banques proposent majoritairement un compte courant accessible uniquement via une application mobile dernier cri.. Ces applications mobiles sont accompagnées d’options innovantes permettant aux usagers une plus grande liberté et une simplicité dans les usages. C’est le cas du blocage de la carte bancaire accessible à tout moment.

Autre point différenciant, les néo-banques permettent à leur client l’ouverture d’un compte sans conditions de revenu et sans dépôt initial : une grande révolution dans les standards d’ouvertures de compte à distance.
Ces banques ont su attirer non seulement les générations X et Y, avec avec une approche technophile, mais également les personnes en difficulté financière en proposant une tarification très concurrentielle incluant dans la majorité des cas une carte bancaire gratuite.
Cependant les offres proposées par les néo-banques sont souvent assez limitées, ne permettant pas de découvert autorisé ou de crédit à la consommation.

Un « business model » fragile

L’exemple du crédit à la consommation n’est pas anodin. Le business model de la majorité des néo-banques se concentre, pour le moment, exclusivement sur le compte courant, ignorant au passage les services bancaires annexes. Placement, crédit ou encore assurance sont pratiquement inexistants dans leur catalogue. Or, c’est l’ensemble de ces services bancaires qui sont réellement générateurs de profit pour les banques.
La rentabilité de ces banques est donc pour le moment assez limitée. A titre d’exemple, N26 a changé trois fois sa tarification avant de mettre en place un modèle avec un compte courant gratuit mais des fonctionnalités avancées qui sont quant à elle payantes.

Les néo-banques ont compris que, pour être rentable, il est indispensable de diversifier leur catalogue produit. Mais cette diversification demande du temps. En effet, la législation européenne contraint ces fintechs à attendre l’aval des régulateurs européens avant de pouvoir proposer le découvert ou des crédits à leurs clients.

La contre-attaque des banques traditionnelles

Les banques traditionnelles ont bien compris que pour rester compétitives face à ces nouveaux acteurs il fallait s’adapter à cette nouvelle concurrence. BNP Paribas a ainsi décidé d’investir 3 milliards d’euros dans le digital contre 1,8 milliard pour la BPCE. Le but étant de revoir l’expérience client en dupliquant les applications des néo-banques, et égalementde se mettre au niveau de leurs concurrents en termes de fonctionnalités. Ainsi Boursorama ou encore Fortuneo proposent désormais ApplePay. ING, quant à elle, a mis à jour son application afin d’offrir à ses clients de nouvelles fonctionnalités tels que le changement du code secret mais également le blocage et le déblocage de la carte bancaire à tout moment.

Au-delà de la gestion du compte sur mobile, les néo-banques puisent leur force dans le compte gratuit accessible à tous. Ainsi les banques dites traditionnelles ont dû revoir leurs tarifications. Le Crédit Agricole a mis en place fin 2017 une nouvelle offre de compte nommée EKO. Pour 2 euros par mois le client peut souscrire, sans condition de revenu, un compte avec une carte à autorisation et une application mobile. Son concurrent Boursorama Banque a lancé en septembre 2017 « Welcome », une offre bancaire sans conditions de revenu ou de dépôt et gratuite si on utilise au minimum une fois par mois sa carte bancaire. Ces offres sont similaires aux offres proposées par les néo-banques aujourd’hui.

Enfin les banques traditionnelles peuvent compter sur leur point fort : le service client. Face aux néo-banques le service client est un atout non négligeable. ING met ainsi l’expertise et la disponibilité de ses conseillers au centre de la relation client. Le client chez ING a accès à un conseiller 75 heures par semaines. Les usagers qui se dirigent vers les néo-banques pour des questions de coûts se rendent rapidement compte qu’une banque traditionnelle peut plus aisément répondre à leurs besoins d’accompagnement dans les moments difficiles.

Les néo-banques ont su démontrer qu’il existe un nouveau marché bancaire. Ainsi, d’autres acteurs pourraient vouloir prendre leur part du gâteau. Pour réussir à s’implanter durablement sur le marché bancaire les néo-banques vont devoir, en plus de diversifier leurs offres, se lancer sur le marché mondial. Un marché où elles risquent de se confronter aux géants du Web (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), dont les moyens sont bien plus importants.

Article rédigé par Manel Kada, consultante senior chez VIATYS.

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