La Supply-chain : le « véritable » maillon faible du Brexit

14 Mai 2019

 

Alors que les discussions sur le Brexit sont toujours en cours, Londres tente d’en mettre en avant les opportunités, tout en essayant de rassurer sur la bonne santé du Royaume-Uni. Les chiffres positifs du secteur bancaire et du chômage sont au coeur des débats mais semble occulter un pan de l’économie : la supply-chain – ou chaîne logistique – de laquelle dépend tout le cycle de vie des produits qui terminent chez le consommateur final. La perte d’un accès à la zone de libre échange pourrait avoir des impacts importants à cet endroit.

LES EFFETS DU BREXIT SONT MITIGÉPOUR LE MOMENT

Tout d’abord, les annonces très pessimistes concernant le secteur bancaire ne se sont que partiellement vérifiées, la crainte d’une relocalisation massive des activités bancaires vers l’Union Européenne par exemple, n’a pas eu lieu. Les analystes s’attendaient à ce que les trois grandes banques françaises (BNP-Paribas, Société Générale et Crédit Agricole) rapatrient leurs activités en France, or le nombre de postes transférés ne devrait pas excéder quelques centaines au final. Le gouverneur de la Banque de France estime toutefois que le Brexit devrait avoir pour conséquence de permettre l’émergence de nouvelles places financières en Europe.

La hausse du chômage ne semble pas non plus se vérifier puisque Londres a annoncé un taux historiquement bas de quatre pour cent en 2018. Un élément à mettre en parallèle avec une légère hausse du pouvoir d’achat, malgré le Brexit. Cependant les pronostics pessimistes concernant la chute du marché immobilier semblent être dans tous les esprits puisque les volumes de vente sont en baisse d’au moins 20%.

SORTIE DU MARCHÉ UNIQUE ET IMPACT SUR LA CHAÎNE LOGISTIQUE

Un élément constitutif de l’Union Européenne pourrait avoir un impact conséquent et bien sous-estimé par les entreprises sur la chaîne logistique. Celle-ci est généralement associée aux activités de productions, de stockage, de transport et de distribution, elle est aussi ce qui permet la chasse aux coûts opérationnels par l’optimisation des flux logistiques.

Or en quittant l’espace de libre échange, et en l’absence d’accord avec l’Union Européenne, le Royaume-Uni se verrait dans l’obligation de rétablir ses frontières. Une formalité qui pourrait à terme devenir une source d’optimisation pour la chaîne logistique des entreprises.

A court terme, les entreprises, bien que préparées, ne pourront que s’adapter aux nouvelles conditions mises en place. L’une des premières conséquences pourrait être un ralentissement du flux de marchandises entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni puisque qu’il pourrait devenir nécessaire de contrôler chaque camion entrant et sortant de l’Union Européenne. Certaines estimations évoquent 27 kilomètres d’embouteillages pour un simple contrôle de deux minutes par camion, dans les deux sens de circulation. Amazon a d’ailleurs anticipé ce ralentissement en recommandant à ses clients anglais de constituer un stock de quatre semaines.

Ces ralentissements pourraient représenter un coût pour les entreprises puisqu’un camion immobile est une charge. Viendront probablement s’ajouter à cela des charges administratives : une déclaration douanière pouvant être nécessaire à chaque passage en douane. Enfin, un coût déguisé, mais à prendre en considération : celui du paramétrage de nombreux outils informatiques permettant de suivre et d’optimiser les temps de transports.

UNE CHAÎNE LOGISTIQUE A REDESSINER 

Dans l’univers de la production industrielle, ces délais et coûts additionnels pourraient avoir pour conséquence de faire réfléchir les entreprises au fonctionnement de leur chaîne logistique. 

Dans un premier temps, il sera nécessaire d’analyser les impacts du Brexit afin de les valoriser. Un des effets de cette revalorisation pourrait être une reconfiguration des flux amont de marchandises afin d’exclure au maximum les échanges outre-Manche. Pour cela, les entreprises pourraient choisir de changer de fournisseurs ou même de déplacer leurs propres usines. 

Une illustration : Nissan a annoncé l’arrêt de sa production en Angleterre. Une décision également suivie par Honda qui préfère rapatrier sa production au Japon. Dans l’aéronautique, le patron d’Airbus a également averti qu’il n’était pas exclu que le contexte économique les contraigne à fermer leurs usines anglaises.

En définitive, même si Londres se montre confiante sur son avenir, les conséquences du Brexit commencent à se concrétiser. Ce regain de positivisme pourrait tout à fait être un ultime rebond avant que l’on ne découvre l’ampleur de l’iceberg. Alors que les décideurs n’ont toujours pas réussi à se mettre d’accord, les entreprises, elles, ont préparé différents scénarios qui, quoiqu’il en soit offriront de nouveaux challenges aux acteurs de la finance et de l’industrie. Dans le cas d’un Brexit sans accord, il y a fort à penser que par similitude avec le monde financier, les cartes logistiques soient redistribuées permettant l’émergence de nouveaux centres de flux.

Alexandre de Bayser, consultant chez VIATYS.

UN BESOIN

UNE QUESTION ?

Share This