Nomade digital : des tipis à la migration technologique

26 Juin 2019

A l’heure où les nouvelles technologies permettent une plus grande flexibilité du travail, les entreprises tentent d’adapter leurs méthodes de management aux attentes des salariés, qui varient beaucoup selon les âges. Alors que les générations précédentes étaient attachées à la sécurité et à la stabilité de l’emploi, les nouvelles cherchent un meilleur équilibre entre vie privée et professionnelle.

A quoi doit-on ces mutations ? Comment la société se transforme-t-elle pour mieux les intégrer ?

Des avancées sociales
Le télétravail et les années sabbatiques se popularisent et répondent à ces attentes, mais
partiellement seulement. Il semblerait que cela ne suffise pas à satisfaire pleinement les employés, ni à offrir à l’entreprise l’opportunité de changer son modèle organisationnel en profondeur. Selon les chiffres de US Census pourtant, le télétravail est un facteur d’accroissement de la productivité et de bien-être pour les employés. Parmi les facteurs à prendre en compte : la diminution du temps de transport, l’absence d’interruption et l’organisation du temps de travail intégrant mieux les rendez-vous et livraisons et bien sûr les enfants.
De son côté, l’année sabbatique permet à un employé d’interrompre temporairement son contrat de travail afin de réaliser un projet personnel. Beaucoup de jeunes professionnels saisissent cette occasion afin de réaliser un long voyage ou développer une activité professionnelle parallèle.

L’apport de la technologie au nomadisme
Le mouvement des « digital nomad » met à profit toutes les avancées technologiques et sociales afin de proposer un nouveau modèle avec pour credo : travailler de n’importe où. Partant du principe qu’une grande partie des emplois qualifiés ne nécessitent qu’un ordinateur et une connexion internet, il est tout à fait légitime de se demander pourquoi nous nous rendons au bureau tous les jours. Dans une économie mondialisée, le nomadisme est une alternative au modèle classique sédentaire et offre la possibilité de s’immerger dans différentes cultures, d’appréhender de nouvelles problématiques selon de nouveaux angles. Sur un plan humain, l’adaptabilité et la flexibilité nécessaires à un tel mode de vie sont un facteur fort de progression car il est nécessaire de se responsabiliser pour surmonter les obstacles quotidiens, ce qu’aucune formation universitaire ne peut offrir.
Au-delà des nombreux avantages pour l’employé ou le travailleur indépendant, les entreprises ont également des bénéfices à retirer. Le premier relève de la survie. Pour attirer les meilleurs talents et les garder, l’entreprise doit s’adapter aux attentes d’une nouvelle génération de travailleurs ultramobiles et en quête d’écoute de la part de leurs employeurs. La seconde est financière. Si les entreprises n’imposent plus à leurs employés de travailler dans un bureau, il sera tout à fait possible de réduire les frais généraux en ne conservant que des bureaux de passage pour les réunions importantes. Enfin rien n’empêche d’imaginer que les entreprises les plus performantes puissent booster leur visibilité avec des collaborateurs dispatchés dans des zones géographiques différentes, directement au contact de clients potentiels dans des espaces de coworking ou bien des hébergements dédiés aux nomades.

Des freins culturels
Bien que très répandu aux USA, le télétravail est encore marginal et mal accueilli dans l’hexagone. Du côté des entreprises, les managers sont encore frileux, craignant la perte de contrôle de la performance des employés. De l’autre, les employés ne se sentent pas tous prêt à travailler de manière isolée. Le télétravail et le nomadisme demandent de la rigueur. Coupé des règles liées au travail classique, un employé doit en écrire de nouvelles et se discipliner pour les respecter.
Nicholas Bloom, un professeur de Standford a conduit une expérience durant deux ans et démontré les bienfaits du travail à distance. Ce fonctionnement n’est certes pas adapté à tous, mais il n’est pas exclu qu’il représente un vecteur de bien être et de développement personnel pour les collaborateurs en quête de sens et d’équilibre. Des entreprises comme Apple, Amazon ou American Express en sont même de très grandes promotrices et leurs réussites témoignent du bon fonctionnement de cette organisation.

Emergence des solutions structurelles
La question ne se réduit pas à savoir si le télétravail ou le nomadisme sont des méthodes efficaces, mais plutôt de comprendre comment accompagner ce changement organisationnel modifiant les habitudes professionnelles. Des entreprises se sont déjà positionnées sur ce segment en proposant l’infrastructure et la logistique nécessaire au travail à distance.
WeWork se spécialise dans les espaces de Co-Working et offre des standards similaires dans 96 villes différentes réparties dans 32 pays. Ce type d’espace facilite l’essor des « digital nomads » en quête de flexibilité. Une flexibilité également nécessaire dans un autre aspect de la vie de chacun, l’hébergement. Une vie de nomade rend compliqué l’accès à un logement classique et vivre dans un hôtel devient très rapidement une solution onéreuse. C’est en réponse à cette demande que des entreprises telles que Wanderhome en Australie ou The Collective en Angleterre mettent à disposition des espaces de co-living, alliant l’intimité, la simplicité et la vie en communauté.

L’entrepreneur néerlandais Peter Levels estime que près d’un milliard de personnes seront « digital nomad » en 2035. Les problématiques permettant d’accompagner ce changement de mode de vie ou encore de faire de la France une destination incontournable de ce nomadisme vont émerger et probablement offrir de beaux challenges d’infrastructures, organisationnels, et managériaux. Des challenges qui devront être anticipés et pris en compte par les services publics et les entreprises.

Article rédigé par Alexandre De Bayser, consultant VIATYS, Groupe Square 

UN BESOIN

UNE QUESTION ?

Share This