Les banques traditionnelles sont de plus en plus bousculées dans le domaine des paiements

18 Oct 2018

Alors que, selon le Wall Street Journal, Apple devrait lancer sa carte de crédit Apple Pay début 2019 avec Goldman Sachs, où en sont les clients dans leurs habitudes de paiement ?  Comment se positionnent les banques françaises face à leurs concurrents ?

Tout le monde se lance dans les moyens de paiement

Le panorama des moyens de paiement est devenu tellement vaste que même une compagnie aérienne en propose. C’est le cas de Air Asia avec sa solution avec « Big Pay ».

Le premier acteur dans le monde des paiements n’est d’ailleurs pas une banque traditionnelle mais Tencent, une société chinoise à qui appartient la messagerie mobile WeChat. Avec son service de paiement «WeChat Pay » intégré à son application, Tencent revendique plus de 600 millions de comptes actifs par jour.

Aux côtés d’autres géants du web chinois comme Baidu, Alibaba et Xiaomi, les « BATX », Tencent est la première à avoir obtenu une licence bancaire. Mais elle n’est pas la seule ! Les autres BATX proposent déjà des services de paiement comme Alibaba, l’Amazon chinois, avec sa plateforme de paiement AliPay.

De l’autre côté du Pacifique, les GAFA ne sont pas en reste avec Google Pay, Apple Pay, paiements dans Facebook Messenger, WhatsApp Payment. Google a également lancé son enceinte connectée, Google Home, par laquelle il est désormais possible de consulter le solde de ses comptes et bientôt de réaliser des transactions. Grâce à cette enceinte connectée, la BPCE va permettre à ses clients de consulter leurs comptes dès le mois de juin, puis d’effectuer un virement à partir de cet été.

Les FinTech accélèrent la mise à disposition de moyens de paiement

Dans la catégorie FinTech, les néobanques, qui sont nées sans l’appui des banques traditionnelles perturbent elles aussi le marché. Leur force provient de leur rapidité à fournir des moyens de paiement à leurs nouveaux clients. Dans le cas de Nickel, la plus rapide, environ 20 minutes suffisent pour ouvrir un compte et obtenir un moyen de paiement.

Les FinTech, qui marient si bien finance et technologie, sont souvent pointées du doigt comme le concurrent majeur des banques. Leur nombre aurait de quoi effrayer puisqu’elles étaient déjà 12 000 en 2015. Adyen, FinTech néerlandaise, qui traite les paiements pour des sociétés telles qu’Airbnb, Uber, Spotify et Netflix serait valorisée entre 6 à 9 milliards d’euros, et envisagerait même une introduction en bourse à Euronext Amsterdam avant l’été.

Quelles sont les choix pour payer aujourd’hui ?

Certains pays voudraient voir disparaître totalement l’argent liquide. Mais contrairement aux idées reçues et selon Érick Lacourrège de la Banque de France, les espèces ne disparaîtront pas avant 10 ou 20 ans. Le cash représente encore aujourd’hui 68 % des opérations en France.

Si le chèque tend à disparaître, la carte bancaire elle, est dorénavant très ancrée dans les mœurs. Il en va de même pour le paiement sans contact adossé à la carte bancaire, qui se démocratise comme le prouve le nombre de paiements sans contact qui a doublé de 2016 à 2017.

La carte bancaire change de visage. Elle est dorénavant adossée aux « wallets », ces portefeuilles dématérialisés, que vous retrouvez chez les GAFA et BATX : Apple Pay, Google Pay ou AliPay. Ils sont plébiscités pour leur fluidité dans l’acte d’achat. Ils permettent également d’ajouter des cartes de fidélité, des coupons de réduction et même des cartes d’embarquement. La carte bancaire trouve donc de nouveaux usages. Comme à Dijon et Londres, avec la technologie sans contact, elle peut être utilisée comme titre de transport. La version « physique » est déjà en train de d’être dépassée avec l’apparition de cartes bancaires virtuelles.

Pour payer en ligne, deux solutions existent désormais : la carte bancaire bien évidemment et les « porte-monnaie électroniques » de type PayPal ou Adyen. En la matière, les banques françaises n’ont pas voulu être en reste, avec la création conjointe de Paylib, service de paiement en ligne et mobile.

Concernant les virements et prélèvements, ils représentaient encore respectivement 18% et 19,5% des paiements effectués en France en 2015.

Depuis quelques années, les utilisateurs voient apparaître des moyens de paiement sous des formes multiples. Dernièrement, Anytime a lancé un porte-clés de paiement sans contact.

Est-ce que tous les acteurs sont des banques ?

L’offre de ces nouveaux acteurs (FinTech, néobanque et GAFA) reste limitée par la règlementation bancaire, ne pouvant proposer de crédit ou de découvert, sans obtenir l’accréditation « établissement de crédit ». Elles sont pour la plupart de simples « établissements de paiement ».

Afin d’accélérer leurs développements, certaines comme Orange Bank, ont fait le choix de s’associer à des « établissements de crédit » pour proposer des offres plus complètes. D’autres comme les GAFA et BATX ne veulent pas s’encombrer des nombreuses contraintes règlementaires nécessaires pour obtenir cet agrément et ne seront donc jamais des banques.

Pour les banques historiques, c’est le risque de la désintermédiation !

Pour la première fois de leur histoire, les banques voient arriver sur leur marché des concurrents qui ont une puissance de feu sans précédent, et qui n’ont pas les mêmes contraintes réglementaires. D’autant que ces acteurs viennent s’immiscer dans la relation entre la banque et son client.

Pas d’autre choix pour les banques traditionnelles : collaborer avec son écosystème pour innover !

La force des GAFA est bien de réussir à imposer leur solution comme étant l’usage qui deviendra la référence. Alors, impossible de s’en passer pour les banques. Elles doivent à leur tour proposer ces solutions de paiement, pour ne pas être dépassées. Nombreuses sont celles qui ont annoncé leur compatibilité avec Apple Pay : Société Générale, Boursorama, American Express, Compte C-Zam, entre autres.

Les banques traditionnelles collaborent aussi de plus en plus avec les FinTech avec environ 0,1% du budget qui leur est alloué. Parmi tant d’autres, Nickel et Fidor ont été respectivement absorbées par BNP Paribas et BPCE.

La DSP2 régule les acteurs et propulse le virement

La Directive de Service de Paiement n°2 (DSP2) va favoriser l’innovation et la concurrence en légitimant les nouveaux acteurs grâce au statut d’initiateur de paiement. Les banques vont être ainsi contraintes, à compter du 2ème semestre 2019, de fournir un accès sécurisé aux données des clients. L’obtention de l’agrément « initiateur de paiement » va offrir une multitude de nouveaux usages à ses détenteurs.

Avec la DSP2, il deviendra possible d’émettre des paiements (par virement), commandés par l’utilisateur, sans nécessité de passer par sa propre banque. Plus besoin de cartes de paiement adossées aux « wallets », toutes les transactions pourront être faites directement par virement.

Ajouter à cela l’« instant payment » qui permet de rendre les virements instantanés (plus besoin d’attendre 3 jours pour être exécuté) pour offrir à ce moyen de paiement une place plus importante que les 18,5% qu’il représente actuellement.

Face à cette multiplicité, l’utilisateur sera comme souvent seul juge de la pérennité des différents moyens de paiement. Tout l’enjeu repose désormais sur leurs simplicités d’usage.

Audrey Dhellemmes, Senior Manager chez VIATYS

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