Comment le Ripple pourrait devenir le bitcoin des banques ?

12 Déc 2018

A l’heure où les cryptomonnaies sont de plus en plus nombreuses et suscitent l’intérêt des régulateurs, Ripple a su tirer son épingle du jeu et séduire certaines banques qui ont osé adopter la solution décentralisée offerte par cette Startup. Le concept de Ripple ? Une monnaie qui repose sur un protocole basé sur la blockchain : le Ripple (siglé XRP). Cette solution promet de réduire drastiquement les coûts et d’accélérer les transferts de fonds. Pourquoi les banques si méfiantes vis-à-vis du bitcoin semblent-êtres prêtes à adopter une solution quasi-similaire ? 

Réduction des coûts et des délais de transfert.

Grâce à sa technologie Ripple souhaite offrir aux établissements financiers un moyen de réduire les coûts liés aux transferts de fonds. Plutôt que de posséder un grand nombre de liquidités en monnaies locales afin d’assurer un échange de devises, cette solution se base majoritairement sur un actif numérique, le Ripple, qui limite la quantité de monnaie locale nécessaire à l’échange. MoneyGram, une entreprise spécialisée dans le transfert de fonds entre particulier a décidé d’adopter cette technologie dans le but de réduire ses coûts. Le modèle actuel oblige MoneyGram à investir des millions dans l’achat de devises des différents pays où elle opère et s’expose donc à la volatilité du marché. Avec cette solution basée sur des registres distribués, le spécialiste des transferts de fonds pourra en quelques secondes et en toute sécurité convertir une devise vers du XRP, puis convertir ce XRP vers une autre devise dans le même laps de temps. Ce processus permettrait de réduire considérablement les coûts de transfert.

Ripple promet également une réduction drastique des délais de transfert grâce à des transactions quasi instantanées. Cette facilité repose sur la technologie ILP (Inter Ledger Protocol) qui coordonne les registres des différentes banques afin d’organiser des transferts simultanés plutôt que successifs comme c’est le cas actuellement. C’est dans cette optique que le Crédit Agricole a décidé d’expérimenter la solution de Ripple afin de réduire de quelques jours à quelques minutes seulement les délais de transferts des salaires des travailleurs transfrontaliers entre la Suisse et la France. D’autres grands noms du monde de la finance commencent à expérimenter ou ont déjà adopté Ripple, comme la Banque Santander par exemple. D’autres devraient logiquement suivre le pas.

Le XRP trop volatile.

Ripple a été créé en 2012 et ne s’est concentrée sur le domaine bancaire qu’à partir de 2014. On peut comprendre que certaines banques soient encore trop frileuses pour accorder leur confiance à une Startup  qui a pour ambition de révolutionner les échanges interbancaires, voire même, de devenir le successeur de Swift, consortium réunissant les principales banques mondiales et dont la fonction est de gérer et garantir les transferts des fonds internationaux.
Actuellement, le XRP est principalement utilisé dans une optique spéculative, les investisseurs espèrent une hausse de sa valeur en pariant sur une adoption et une reconnaissance massive des principaux acteurs du domaine. Par conséquent, le XRP est extrêmement volatile. En 2017, il a connu une hausse de plus de 35 000 % ! Sa valeur au 1 janvier 2017 de 0,0065 $ a fini par atteindre 2,3 $ une année plus tard… Une évolution bien supérieure à celle du bitcoin la même année. Cette performance a d’ailleurs rendu Chris Larsen (le cofondateur de Ripple), l’espace d’un instant, le 5eme homme le plus riche (virtuellement) du monde. Le cours du XRP a bien chuté depuis, pour retomber aux alentours de 0,53 $ quelques mois plus tard.

Cependant, Ripple permet d’utiliser son protocole sans forcément utiliser son actif numérique, le XRP. Ce dernier permet d’optimiser au maximum les coûts et d’augmenter la rapidité des échanges, mais il n’est pas obligatoire. Le protocole basé sur la blockchain conçu par la société offre la possibilité de réaliser des échanges en devises ou bien via d’autres cryptomonnaies. Cette piste semble être le meilleur compromis en attendant de savoir si le XRP deviendra un élément incontournable du dispositif.

Une technologie décentralisée ou centralisée ?

Ripple offre un concept prometteur : les banques semblent avoir tout intérêt à se positionner sur cette technologie. Toutefois, il est difficile d’imaginer que tous les échanges de fonds pourraient reposer sur une seule et même entreprise privée. Que se passerait-il le jour où un pirate informatique déciderait d’attaquer ce dispositif et de compromettre l’ensemble des données ? A l’inverse de Swift, Ripple est une entreprise privée détenue par un nombre restreint d’individus. Les dirigeants de l’entreprise possèdent la majorité des XRP : les chiffres annoncés ne sont pas toujours les mêmes, mais plusieurs sources s’accordent à dire qu’au moins 80% des XRP déjà émis sont détenus par la société Ripple ou des cadres dirigeants (anciens et actuels) de l’entreprise. L’actuel CEO de la société possède à lui seul près de 7% de la totalité des XRP en circulation. Par conséquent, les risques de manipulation du cours de la cryptomonnaie sont considérables : les principaux détenteurs du XRP pourrait s’accorder à vendre massivement leurs titres afin de faire chuter le cours.
Le nombre de XRP créé est de 100 milliards et selon les règles du protocole, aucun nouveau XRP ne pourrait-être créé. Cependant à l’inverse d’autres blockchains totalement décentralisées, la société Ripple pourrait tout simplement décider de modifier les règles de son protocole dans le but d’émettre de nouveaux XRP. Dans ce cas et au même titre qu’un Etat générant de l’inflation lorsqu’il fait fonctionner la planche à billet, le cours du XRP pourrait chuter considérablement en fonction de la quantité émise. Cette souplesse d’intervention de l’entreprise sur les règles de gestion de son protocole va d’ailleurs à l’encontre de la philosophie de la majorité des solutions basées sur la blockchain, ces dernières prônant plutôt une décentralisation totale et libérée de l’influence de toute entreprise ou organisation.
Ripple possède de beaux atouts pour moderniser les activités des acteurs financiers. Notons toutefois que le Ripple est souvent critiqué par les puristes de la blockchain qui ne reconnaissent cette technologie comme une solution totalement décentralisée. En effet, Ripple se rapproche plus d’un concept centralisé au service des banques que d’un réel protocole décentralisé défendant une vision libertarienne, comme le défendait le créateur du bitcoin lors de sa genèse.

Article rédigé par Anthony Monteiro, consultant Senior chez VIATYS.

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